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En zone rebelle, il n’y a plus de frein à l’épidémie de sida
Mardi 26 avril 2005
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CÔTE D IVOIRE: En zone rebelle, il n’y a plus de frein à l’épidémie de sida


[Cet article ne représente pas le point de vue des Nations Unies]



©  AFP

Les filles sont attirées par l’uniforme des soldats comme des abeilles par un pot de miel

MAN, 5 octobre (PLUSNEWS) - D’abord est entrée la rébellion ivoirienne. A la suite des rebelles se sont faufilés les mercenaires libériens. La ville de Man se prépare désormais à la prochaine invasion à laquelle elle aura à faire face – l’épidémie de VIH/SIDA.

A Man, personne n’est en mesure de dire combien de personnes sont infectées. Mais tout le monde reconnaît que le taux de prévalence doit être effroyablement élevé.

«Il est si difficile d’avoir de l’argent ici que, pour les filles, le sexe est devenu un moyen évident de gagner sa vie,» dit Jean-Baptiste, qui tient un bar en ville.

«Je ne serai pas surpris si, d’ici 2007 ou 2008, les gens tombent comme des fruits mûrs,» dit-il.

Située près de la frontière libérienne, à 550 km au nord-ouest de la capitale économique Abidjan, la grande ville du café est un bastion des Forces Nouvelles, la rébellion ivoirienne.

Après une tentative avortée de coup d’état en septembre 2002, les rebelles ont occupé en quelques jours le nord de la Côte d’Ivoire, qu’ils contrôlent toujours.

Dans les villes du territoire tenu par les rebelles, le sida est invisible. Les campagnes campagnes de sensibilisation, quasiment inexistantes avant la guerre, ont définitivement disparu.

Les organisations non-gouvernementales étrangères, qui offrent des soins de santé de base aux habitants de Man et des alentours, ne proposent pas de tests de dépistage du VIH. Et parce que leur présence à Man est temporaire, elles disent ne pas pouvoir fournir de traitements à long terme tels que les antirétroviraux (ARV) qui soignent, sans guérir, les personnes vivant avec le virus.

Pourtant, le peu de statistiques actuellement disponibles révèle une tendance très préoccupante.

Le nombre de grossesses, dues, bien entendu, à des rapports sexuels non protégés, est un des indicateurs du taux de prévalence du VIH.

«Il y a eu une explosion du nombre de grossesses chez les filles âgées de 12 à 19 ans,» indique Yssouf Ouattara de CARE, une ONG internationale responsable d’un projet de prévention contre le sida lancé en avril dans les territoires sous contrôle rebelle.

«Il n’est pas rare que deux ou trois collégiennes tombent enceinte au cours de l’année scolaire. Maintenant, c’est presque 80 filles enceintes que l’on a trouvé dans une école d’un village. La plus jeune avait 12 ans.»

Avec un budget d’un million de dollars, un programme de distribution de préservatifs et d’aide aux communautés locales par des campagnes de sensibilisation, CARE espère ralentir la propagation du sida.

«C’est de l’urgence,» dit Ouattara. «Le mieux que nous pouvons espérer est de stabiliser l’épidémie.»

Ce ne sera pas une tâche facile.

Dans les villes en territoire rebelles comme Man, la principale difficulté est la toute puissance des militaires.

Les rebelles contrôlent les secteurs clés de l’économie et la population survit. Ce sont les militaires français, les rebelles et les casques bleus des Nations Unies qui dépensent de l’argent, et ce sont eux que les filles courtisent.

«Les filles sont attirées par l’uniforme comme des abeilles par un pot de miel,» affirme Ouattara. «Quand elles ne se font pas payer pour coucher avec eux, elles se font offrir un repas, une boisson ou un cadeau. En fait, c’est une forme de prostitution.»

Man a eu son lot d’hommes en uniforme depuis la tentative de coup d’état il y a deux ans.

Des groupes indisciplinés de combattants libériens ont terrorisé la ville jusqu’au déclenchement, en mai 2003, d’une sanglante opération de nettoyage, initiée par les rebelles eux-mêmes.

Peu après, la force française de maintien de la paix s’est installée en ville. Puis, les Nations Unies y ont envoyé des troupes venues du Bangladesh pour patrouiller aux côtés des soldats de l’opération Licorne.

«Lorsque les Libériens étaient ici, ils ramassaient les filles dans les boîtes de nuit en leur disant : suis-moi ou je te tue,» raconte Josée, une jeune fille de 22 ans.

«Aujourd’hui, des hommes sont prêts à offrir 20 000 francs CFA (37 dollars américains) à une fille pour coucher avec elle sans préservatif. Certaines filles trouvent cela formidable. Mais lorsque je leur dis que c’est complètement stupide, elles me répondent que je suis jalouse.»

Josée affirme que beaucoup de filles ont une attitude fataliste face au sida et qu’elles n’utiliseront pas le préservatif, même s’il est gratuit.

«Je connais beaucoup de filles qui me disent : que tu aies ou pas le sida, de toute façon tu vas mourir. Ca n’a pas d’importance.»

Une jeune fille qui a tenu a gardé l’anonymat a déclaré à IRIN que des militaires français de la force Licorne ont filmé des prostituées pendant qu’ils couchaient avec elles. A leur grande honte, ces filles se sont reconnues sur la video, dont des copies seraient vendues en ville, a raconté Josée.

Pour le Colonel Henri Aussavy, le porte-parole des 4 000 hommes qui composent la force française d’interposition en Côte d’Ivoire, cette histoire n’est qu’une rumeur.

«Cette rumeur circule depuis des mois. Mais nous n’avons jamais pu mettre la main sur une cassette et nous n’avons jamais eu la moindre preuve de l’existence de ces films,» dit-il.

Pourtant, le comportement douteux des militaires français à Man n’est un mystère pour personne. Douze d’entre eux ont été arrêtés et rapatriés en France le mois dernier pour être traduits devant une cour martiale, après le cambriolage de la succursale de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qu’ils étaient censés protéger.

L’ONG française Médecins sans Frontières (MSF), qui gère l’hôpital public de Man depuis l’effondrement des systèmes de soins de santé, craint, elle aussi, une rapide propagation du sida dans la région ouest.

«Nous pensons qu’il s’agit d’un phénomène important ici, bien que nous ne possédions pas de données précises,» explique Djimadoum Nadjinangar, un des médecins de MSF.

MSF réalise des transfusions sanguines qui nécessitent un dépistage préalable du VIH. Les tests sont souvent effectués sur les parents ou les collatéraux qui donnent leur sang aux malades qu’ils accompagnent.

«Ce n’est pourtant pas un groupe à risque… mais nous avons déjà un taux de prévalence de 14 pour cent,» dévoile Nadjinangar en désignant les militaires, les chauffeurs de camion et les prostituées comme le groupe le plus vulnérable.

Le responsable des programmes de MSF, Yves Richard, ajoute que la cause principale de décès est «la tuberculose et probablement le sida.»

A l’hôpital de Man, tous les soins médicaux sont gratuits, un geste très apprécié par la population. Mais MSF ne peut offrir de tests de dépistage tant qu’elle ignore le temps que durera sa mission.

Les médicaments antirétroviraux qui sont susceptibles d’améliorer la santé des personnes vivant avec le sida et de prolonger leur espérance de vie nécessitent un suivi médical sur une longue durée.

D’un point de vue médical, il est contraire à l’éthique d’annoncer sa séropositivité à quelqu’un sans pouvoir lui fournir de traitement approprié, commente Nadjinangar.

S’il suspecte fortement le sida, il dit aux personnes qu’elles ont «une maladie qui est très difficile à soigner».

«Lorsque nous serons certains de rester à Man, nous mettrons en place des tests de dépistage et un traitement approprié,» explique t-il. «Pour le moment, il importe avant tout de travailler sur l’importance de l’infection.»

[FIN]


 
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