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Une bombe à retardement en marche dans le nord rebelle
Mardi 26 avril 2005
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CÔTE D IVOIRE: Une bombe à retardement en marche dans le nord rebelle


[Cet article ne représente pas le point de vue des Nations Unies]



©  IRIN

Awa et son fils, tous les deux séropositifs, ne peuvent pas obtenir de traitement dans le nord, où ils vivent, depuis la guerre civile qui a éclaté il y a plus de deux ans.

BOUAKE, 11 février (PLUSNEWS) - Fille unique d’une famille de cinq enfants orphelins du VIH/SIDA depuis deux ans, Awa Keita passe ses journées à faire la cuisine et à s’occuper de ses frères et de son jeune fils.

Mais il y a quatre mois, tout bascule dans la vie de cette famille isolée en zone rebelle, au nord de la Côte d’Ivoire. Mère et fils viennent d’être testés séropositifs et, à l’instar de millions d’autres malades, elle ne peut bénéficier d’aucune assistance médicale dans les territoires sous contrôle des Forces nouvelles.

A mesure que le conflit ivoirien se prolonge, aggravant la paupérisation de la population et la ruine des quelques rares centres de santé encore existants, les signes d’une véritable explosion de l’épidémie sont de plus en plus évidents.

“Je pense chaque jour à la maladie”, s’est plaint Awa, 23 ans, en sénoufo, le dialecte parlé dans la plupart de la zone aride du nord de la Côte d’Ivoire. “Je pleure tellement qu’il m’arrive parfois d’avoir mal au cœur et des bouffées de chaleur.”

“C’est la volonté de Dieu”, a-t-elle ajouté, en faisant allusion à cette maladie dont personne ici ne veut prononcer le nom. “Mais j’aimerais bien être soignée.”

Dans cette région, les services de santé ont quasiment disparu depuis l’éclatement de la guerre civile qui a divisé le pays en deux en septembre 2002.

Actifs et très animés avant la guerre, les centres de santé ne sont plus que des locaux délabrés, sans vitres, recouverts de hautes herbes et de rouille. A cette désolation, s’ajoutent la vétusté des équipements, l’insuffisance des fournitures médicales, le manque de financements publics et l’absence de personnel soignant.

A l’instar des autres fonctionnaires, la plupart des agents de santé affectés dans le nord ont fui la région pour se réfugier dans le sud du pays contrôlé par le gouvernement.

Mais avec l’ouverture récente de centres de dépistage et d’information sur le VIH/SIDA, les autorités comptent juguler la progression de la pandémie dans un pays où le taux de prévalence est le plus élevé en Afrique de l’ouest.

Bouaké, la deuxième grande ville du pays, pouvait autrefois être fière de disposer d’un nouveau centre de dépistage, de conseil et de prévention dirigé par six agents de santé et implanté au sein de l’hôpital général.

“Aujourd’hui, nous ne conseillons pas aux gens de se faire dépister”, a confié à PlusNews un médecin de l’hôpital. “Pourquoi ? Parce que nous ne pouvons pas leur offrir de traitement. Cela ne ferait que leur faire plus de peine.”

Aucun traitement contre le VIH/SIDA dans le nord

«Mon fils de deux ans a souvent la fièvre et la diarrhée», s’est plaint Awa. A en croire une assistante sociale qui s’occupe des enfants orphelins, le fils d’Awa a le visage bouffi et se porte de plus en plus mal. “Je suis tellement bouleversée par tout ce que je vois”, a avoué Véronique Djé. “Je pleurs lorsqu’un enfant meurt.”

Pour survivre, Awa et son fils doivent parcourir 380 kilomètres de Bouaké à Abidjan, la capitale économique du sud de la Côte d’Ivoire, pour se procurer des médicaments antirétroviraux (ARV) qui pourraient améliorer leur état de santé et prolonger leur vie.

Le centre SAS, une organisation non-gouvernementale (ONG) locale qui aide les familles d’orphelins à payer les frais de scolarité et à trouver du travail, est prête à payer les 35000 francs CFA (70 dollars) –- la moitié du salaire mensuel moyen des 17 millions d’Ivoiriens – nécessaires à Awa pour se rendre à Abidjan.

Mais dans ce pays où les populations du nord et du sud s’entredéchirent, Awa ne peut se rendre à la capitale pour se procurer ses ARV.

Elle n’a jamais fait de demande de carte d’identité et ne peut donc en présenter une aux nombreux barrages militaires et civils qu’il faut franchir sur la route reliant le nord au sud.

Awa pense que son frère aîné, qui vient de rejoindre les rangs des forces rebelles, aurait caché le récépissé de son extrait d’acte de naissance. Selon Véronique Djé, l’assistante sociale, si on retrouvait ce récépissé, Awa et son fils pourraient voyager en toute sécurité jusqu’à Abidjan.

“Ces enfants sont d’innocentes victimes”, a déclaré Penda Touré, la responsable du centre SAS. “Leur seul tort est d’être nés dans le nord.”

L’association de Touré aide des douzaines de personnes vivant avec le VIH/SIDA en zone rebelle à se rendre tous les trois mois à Abidjan pour consulter un médecin et faire une provision de trois mois d’ARV. Tous les six mois, elles sont soumises à un contrôle médical.

“Nous étudions aussi la possibilité d’envoyer quelqu’un à Abidjan pour récupérer les médicaments des patients afin de réduire les coûts”, a indiqué Touré. L’ONG s’occupe actuellement de 800 familles, soit environ 5 000 personnes affectées par la pandémie, notamment grâce à l’appui du Programme alimentaire mondial (PAM), aux Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), à CARE et au Comité international de la Croix Rouge (CICR).

De nombreux experts citent en exemple l’ONG SAS, car sa stratégie globale dans la lutte contre le VIH/SIDA prend en compte la scolarisation des enfants, l’emploi pour la famille et les conseils, ainsi que le traitement et l’assistance médicale.

Le conflit et la prostitution : les véritables vecteurs de propagation du VIH/SIDA

Selon les statistiques de l’Onusida, le taux de prévalence du VIH/SIDA s’établissait en 2004 à sept pour cent, contre 9,5 pour cent pour le gouvernement. Mais au nord de la zone de tampon contrôlée par les forces de l’ONU, la pandémie aurait atteint des proportions alarmantes.

“Ici, nous risquons d’atteindre des taux trois fois supérieurs à la moyenne nationale”, a indiqué Touré en se plaignant du fait que la communauté internationale ne traite pas cette crise imminente comme “une urgence majeure”.

“Il n’y a eu ici aucune campagne de prévention ni de sensibilisation depuis le début du conflit alors que la liberté sexuelle est totale. Les gens ne se soucient plus du VIH/SIDA. Le seul sujet de discussion est le conflit et la seule préoccupation, la survie. Ici, ramener un combattant à la maison, c’est comme gagner un trophée.”

Certaines villes comme Bouaké ont vu beaucoup de fonctionnaires, de ressortissants du sud et d’artisans fuir vers le sud. A leur place, ce sont les troupes françaises, les soldats bangladais et marocains des 10 000 hommes de la force de maintien de la paix de l’ONU qui arpentent les rues et les bars de la ville, un peu comme le font les rebelles en armes.

Située sur un axe routier important reliant la Côte d’Ivoire au Burkina Faso, au nord, Bouaké avait, avant le début du conflit, un taux de prévalence déjà bien supérieur à celui de la moyenne nationale.

Et, dans ce qui reste du centre de traitement du VIH/SIDA de l’hôpital municipal destiné à plus de 500 000 habitants, l’infirmier Adama Coulibaly avoue : “la situation est grave. Il y a de plus en plus d’infections.”

De tous les employés de l’hôpital avant le début du conflit, Coulibaly est le seul à être resté. Souffrant d’une hémiplégie due à une apoplexie, il distribue les kits de test de la main droite et exécute les autres tâches en se faisant aider par un préposé au nettoyage.

Sortant une fiche de statistique du tiroir de son bureau sur lequel sont posés un pénis recouvert d’un préservatif et de vieilles affiches des précédentes campagnes de prévention contre le sida, Coulibaly indique que 14 pour cent des 195 personnes venues se faire dépister au cours des six derniers mois de 2004 étaient séropositives, soit deux fois la moyenne nationale.

“Tout ce que je peux expliquer aux gens c’est comment éviter de transmettre le virus et leur demander de contacter une ONG locale. Nous n’offrons pas de traitement ici.”

Sept enfants sur dix infectés

En l’absence de statistiques fiables, le gouvernement ivoirien, qui s’est doté d’un ministère spécial pour la lutte contre le sida, mène actuellement sa première enquête nationale sur la prévalence au VIH depuis 15 ans.

Les résultats de l’enquête menée auprès de 5 060 foyers (soit 12 000 personnes) dans le nord et le sud du pays seront rendus publics en juin, a indiqué à PlusNews Mamoudou Diallo, le représentant d’Onusida en Côte d’Ivoire. Les troupes de l’ONU aideront les enquêteurs à effectuer leur travail dans les zones rebelles.

“Je suis inquiet”, a confié Diallo. “Le conflit a interrompu le programme d’ouverture de nouveaux centres, de décentralisation des traitements et de formation des personnels. Les campagnes de prévention ont été réduites.”

Avec près d’un million de personnes déplacées, des services de santé désorganisés, le manque d’argent pour payer les tests, le traitement ou les préservatifs et une prostitution en hausse, seule une enquête peut donner une vision claire du taux actuel de prévalence en Côte d’Ivoire.

Mais dans les villages situés à 250 kilomètres au nord de Bouaké, la preuve qu’une explosion du VIH est à prévoir est encore plus flagrante.

Le petit groupe de religieuses espagnoles et colombiennes tente de prendre soin des enfants infectés qui arrivent au centre médical


Sur la route poussiéreuse qui traverse la ville de Korhogo, le petit groupe de religieuses espagnoles et colombiennes qui gère un centre médical proche du village de Koni avoue son désespoir.
Alertées par l’état lamentable des enfants amenés au centre pour consultation, les religieuses ont décidé en juillet dernier de dépister 10 enfants.

“Sept enfants sur dix étaient séropositifs”, a indiqué sœur Brigida de la congrégation des Hermanitas de l’Annonciacion. Les mères des sept enfants étaient aussi infectées par le virus, a-t-elle précisé.

Les conditions de vie sont difficiles dans les zones rurales du nord. Depuis trois ans, les paysans n’ont pas été payés pour leur récolte de coton et les pluies comme l’argent se font rares. Et les rebelles qui contrôlent les barrages à chaque entrée et sortie de village ont besoin d’être entretenus.

Des enfants squelettiques, le ventre ballonné, jouent dans la poussière tandis que les plus âgés puisent, à tour de rôle, l’eau à la source de la seule pompe disponible pour des milliers de personnes. Tous souffrent de malnutrition et il y a de nombreuses jeunes mères dans la région.

“A partir des symptômes que nous observons, nous pensons qu’il y a une forte augmentation des cas de VIH/SIDA”, a admis sœur Marleny.

“Mais ici dans le nord, nous ne pouvons rien faire pour arrêter la pandémie. Il n’y a pas de médicaments et pas d’argent non plus. Même lorsque vous effectuez les tests de dépistage, il n’y a rien d’autre à faire que de conseiller aux gens d’éviter d’infecter les autres.”

[FIN]


 
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