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Mardi 20 décembre 2005
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MALI: Avec prudence, ‘La voix des jeunes’ parle aux adolescents de leur sexualité et du sida


[Cet article ne représente pas le point de vue des Nations Unies]



©  IRIN

Lancée en avril 2004, la radio ‘La voix des jeunes’ parle aux adolescents et aux plus âgés de leur sexualité

SIKASSO, 20 juin (PLUSNEWS) - La lumière rouge signale le début de l’enregistrement, l’animatrice, de l’autre côté de la vitre du studio surchauffé, entame le débat : comment gérer une grossesse quand on est lycéenne et mineure ? Comment se protéger du VIH/SIDA ? A qui en parler ?

Ces questions, comme la plupart de celles que posent les animateurs de Radio Info Santé Jeunes, dérangent. A Sikasso, à environ 400 kilomètres à l’est de Bamako, la capitale du Mali, il y a des sujets dont on ne parle pas ouvertement.

“Beaucoup de jeunes filles ignorent par exemple qu’un rapport sexuel peut déboucher sur une grossesse, elles pensent que c’est seulement dans le mariage que les enfants arrivent”, explique Alassane Doumbia, dit Dalex.

“Les jeunes ont du mal à parler de ça avec leurs parents, alors nous essayons de favoriser le dialogue entre les générations”, ajoute-t-il.

Dalex n’est pas à proprement parler journaliste, même s’il en revendique le titre. Ancien disc-jockey, aussi célèbre par ses prouesses en boîtes de nuit que par son émission hebdomadaire de santé à la télévision nationale, ce trentenaire alerte dirige les programmes de la radio ‘La voix des jeunes’, une fonction stratégique.

“Les grilles de la radio sont élaborées avec les pairs éducateurs et validées par les jeunes et les moins jeunes, ainsi que par les ONG (organisations non-gouvernementales) locales”, explique-t-il, consensuel.

Résultat, au moins quatre heures d’émission ‘santé’ par semaine où sont abordés les principaux thèmes liés à la reproduction : modes de contraception, grossesse et avortement, sexualité, pathologies (telles qu’infections sexuellement transmissibles, IST), vie à deux…

Entre deux programmes, le plus souvent en bambara, la langue locale la plus parlée dans cette ville-carrefour entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, Dalex introduit des bulletins d’information générale et de la musique, sa spécialité.

“Notre musique n’est pas celle que les jeunes ont l’habitude d’entendre à la radio : nous sommes en avance, on reçoit les derniers disques avant tout le monde et ça, ça compte pour nos auditeurs qui en ont marre, des fois, de nous entendre parler de sida et d’IST”, affirme-t-il, plutôt fier de sa discothèque et de ses partenariats bâtis avec des sociétés occidentales de distribution de musique.

Une fois conquis, le public suit les animateurs tout au long d’une grille truffée de ‘virgules sida’, telle “Jeunes ! Le sida est une réalité, protégez-vous !”, des slogans de quelques secondes glissés entre deux émissions, deux disques.

“On parle ‘jeune’ et ils nous écoutent”, explique Dalex. “Le ‘tu’ est de rigueur, il n’y a aucune barrière entre eux et nous, c’est la radio de leur génération.”

Le projet Info/Santé/Jeunes a démarré en avril 2004 grâce, notamment, à des financements belges. Placé sous l’autorité du ministère de la Santé et géré par le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), cette initiative vise à sensibiliser les jeunes et les adolescents aux questions de la santé de la reproduction.

“Ce type de radio n’existe pas ailleurs, c’est une thématique spéciale”, affirme Sankaria Maiga, le coordinateur technique à Sikasso. “C’est un projet très important, pour capter l’attention des jeunes et faire passer le message.”

Parallèlement au Mali, ce projet a démarré en Côte d’Ivoire et au Niger début 2003. A choisir entre les différentes formules proposées par le FNUAP et la Belgique, Abidjan et Niamey ont préféré installer des distributeurs automatiques de préservatifs.

Pourtant, le succès de la radio ‘La voix des jeunes’ est tel que le Mali compte en ouvrir deux autres à Mopti et Tombouctou, dans le centre et le nord du pays. Elle est ainsi la seule à parler régulièrement de santé et de reproduction à Sikasso, sur les sept radios que compte cette région rurale, de forte migration.

Après le déclenchement de la guerre en Côte d’Ivoire, en septembre 2002, les mouvements de populations et de marchandises se sont considérablement taris, et Sikasso a perdu de sa superbe. Autrefois centre commercial, la bourgade accueille des déplacés de guerre, jeunes et moins jeunes, et des étudiants désoeuvrés, venus du Burkina, à à peine sept kilomètres du centre-ville.

Sikasso, ancien carrefour commercial entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, est une ville déserte depuis le déclenchement de la guerre inter-ivoirienne en septembre 2002
Pour les promoteurs du projet, l’idée était de faire prendre conscience aux jeunes et aux adolescents, Maliens ou de passage, des risques d’infection par le VIH/SIDA et de leur donner les moyens d’entrer en contact avec les personnes ou des structures auxquelles ils pourraient s’adresser en cas de problème, à commencer par la radio elle-même.

Installée dans le jardin de la direction nationale de la jeunesse de Sikasso, la station offre déjà aux jeunes de la ville une vaste salle internet (qui ne fonctionne pas faute de connexion) et une clinique, qui propose conseils et contraception à prix réduit et en tout anonymat.

Plus tard devrait s’ouvrir un centre de dépistage au VIH/SIDA, c’est du moins le souhait de l’équipe d’animation et de Mariam Tounkara Diarra, conseillère à la clinique ‘La voix des jeunes’.

“Les jeunes ont honte d’aller dans les structures publiques, on les regarde mal”, raconte cette jeune infirmière obstréticienne. “C’est d’ailleurs grâce à leurs revendications qu’ils ont obtenu cette clinique, pour ne pas aller à l’hôpital.”

Une infirmerie et deux petites salles accueillent les jeunes filles et garçons venus demander conseils. Le confort est sommaire : deux chaises, un bureau, un pénis en bois et deux plaquettes de contraceptif féminin pour les démonstrations et les explications.

Non, la pilule n’est pas la cause des IST

S’il y a un diagnostic d’IST ou de grossesse, le patient est référé au Cerkès, le seul centre intégré de Sikasso qui, gratuitement, conseille, dépiste, soigne et soutient les personnes qui vivent avec le VIH.

Soutenu par des partenaires étrangers (dont la France) et le gouvernement malien, le Cerkès soigne aujourd’hui 1 038 personnes, dont 172 sous antirétroviraux (ARV), des médicaments qui prolongent l’espérance de vie des patients.

“Les jeunes viennent surtout nous voir pour les IST, ils ne peuvent pas parler de ça dans leur famille. S’ils en parlent, on les gronde, on les insulte”, dit Tounkara Diarra. “Par-contre, entre nous on est à l’aise, on échange des idées sur la sexualité qui est un sujet tabou chez nous.”

Il est difficile, en effet, pour une jeune fille de 15 ans de rentrer à la maison avec une grossesse et une IST, parfois le VIH, affirme Tounkara. “Bien souvent, une fille dans cette situation risque de se faire battre et jeter dehors, des fois avec sa mère parce qu’elle sera jugée responsable de la situation de sa fille.”

La multiplication du nombre d’avortements clandestins (l’interruption de grossesse est interdite au Mali) est la conséquence la plus visible de cette sexualité non-maîtrisée, dit-elle.

“Les petites bonnes, qui travaillent dans des foyers qui jamais n’accepteraient leur grossesse, sont les plus à risque”, explique Tounkara. “Elles avalent de la nivaquine (une prophylaxie antipalustre), des produits ménagers, de la pharmacopée traditionnelle qui peuvent les rendre stériles ou même les tuer.”

Le dépistage du VIH est systématiquement conseillé, tout comme les contraceptifs, quels qu’ils soient. “Les filles pensent que prendre la pilule amène une IST”, raconte cette infirmière joviale, elle-même mère de deux jeunes enfants.

“A travers une première discussion, on parvient à comprendre leurs interrogations et leur ignorance de certains sujets”, poursuit-elle. “Il faut qu’ils se sentent responsables de leur santé.”

Le Mali affichait en 2001 un taux de prévalence de 1,7 pour cent, beaucoup plus bas que ceux révélés par l’étude générale menée cette année-là. La tranche d’âge des 29-39 ans serait ainsi la plus exposée au virus, avec des taux d’infection compris entre 2,1 et 3,4 pour cent ; 50 pour cent des femmes maliennes interrogées ne connaîtraient aucun moyen de se protéger du virus.

Selon une enquête réalisée par l’organisation internationale Population Services International, PSI, basée aux Etats-Unis, 65 pour cent des jeunes Maliens ont leur premier rapport sexuel avant 18 ans. Près de 20 pour cent des garçons ont eu plus de trois partenaires sexuels dans l’année écoulée et la moitié des jeunes n’utilisent pas de préservatif par confiance envers leur partenaire.

Pire, deux jeunes interrogés sur trois ne croient pas en l’existence du sida, selon PSI.

Attention, ce programme pourrait choquer

Une information que les animateurs de la ‘Voix des jeunes’ ne démentent pas. “Ils nous disent que les capotes rendent impuissants”, raconte Dalex.

Pour les animateurs et les pairs-éducateurs formés dans le cadre de ce projet, la famille doit être associée à la sensibilisation du jeune, son entourage doit comprendre et accompagner ses préoccupations.

Ainsi, avant chaque émission qui aborde les questions de sexualité et de reproduction, les animateurs préviennent les plus âgés que les programmes pourraient choquer. “On dit : ‘Avec toutes nos excuses et avec votre permission, nous allons aborder tel ou tel problème que nous vivons entre jeunes’”, explique Mamadou Haidara, chargé de communication à la radio.

Il n’y a jamais eu de plaintes, selon lui, seulement quelques commentaires acides tels “qu’ils sont en train d’encourager les gens à faire l’amour”. “On a étudié les paramètres, on avance avec retenue, pour ne pas choquer.”

Les paramètres, ce sont ceux d’une société traditionnelle qui laisse peu de place aux dialogue et conversations intimes entre parents et enfants. Une grossesse non voulue, un sida déclaré, un viol ou un inceste peut entraîner le banissement, le rejet de la famille, selon les pairs-éducateurs de la radio.

“Ici, l’opinion des personnes âgées compte beaucoup”, poursuit Haidara, qui avoue une certaine autocensure, “pour ne pas choquer et mettre la radio en danger”. Et même si les programmes ne leur sont pas directement destinés, “on ne peut pas les empêcher d’écouter”.

Ainsi, les responsables de la radio ont choisi de cibler cette tranche d’âge, clé dans le bien-être des jeunes maliens. L’émission Koké Ni Komuso – Monsieur et Madame en bambara – met ainsi en scène deux parents qui donnent leur opinion sur n’importe quel sujet, sexualité comprise.

Des personnes qui vivent avec le VIH/SIDA ont également accès au micro et témoignent régulièrement, sans cacher leur identité, de leurs difficultés quotidiennes. Elles sont généralement plus âgées que le public visé et sont écoutées avec attention.

Il y a aussi le phénomène des ‘sugar daddies’, ces ‘protecteurs’ ou ‘tontons’ dont certains ont des relations sexuelles avec de jeunes filles, leur offrant en contrepartie un confort matériel qu’elles ne pourraient avoir dans leur famille.

“Beaucoup d’hommes âgés vont vers les mineurs, alors on leur donne leur part du message”, explique Dalex. “Toucher les parents est aussi très important parce que certaines questions demeurent taboues comme les violences sexuelles au sein de la famille et l’homosexualité.”

Satisfait de la démarche et des résultats, le ministère de la Jeunesse devrait renouveler l’expérience l’année prochaine et plus de projets “Info/Santé/Jeunes” devraient voir le jour à travers le pays, portés par le FNUAP et l’Etat malien. Le Mali vient d’être doté de 120 millions de dollars par ses partenaires extérieurs pour lutter contre le VIH/SIDA, une manne qui pourrait servir au développement d’un réseau de radios.

Pour Dalex, philosophe à ses heures, “il suffit de savoir comment dire les choses pour ne pas déplaire”.

[FIN]




 
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