Optimisme en dépit des dernières estimations inquiétantes sur le VIH

SWAZILAND: Optimisme en dépit des dernières estimations inquiétantes sur le VIH


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Selon l’étude, le taux de prévalence chez les 15-19 ans est passé de 32,5 pour cent en 2002 à 29,3 pour cent en 2004.

MBABANE, 11 avril 2005 (PLUSNEWS) - Partagé entre un profond pessimisme et une détermination accrue, le Swaziland doit faire face à une recrudescence de l’épidémie de VIH/SIDA, alors que ce petit Etat d’Afrique australe affiche le taux d’infection le plus élevé au monde.

Des statistiques issues d’une enquête sentinelle menée par le ministère de la Santé sur les femmes enceintes se rendant en consultation prénatale a montré que le taux de prévalence avait augmenté de six pour cent depuis 2002, pour atteindre 42,6 pour cent.

Les résultats complets de cette étude devraient être publiés avant la fin de ce mois.

“Le seul moyen de faire baisser ces chiffres, c’est que ces gens meurent”, a estimé Derek von Wissell, directeur du Comité national d’aide d’urgence sur le VIH/SIDA (NERCHA). “Les personnes testées séropositives en 2004 le seront toujours lors de la prochaine enquête en 2006, si elles sont encore en vie. Entre-temps, il faudra ajouter le nombre de personnes qui auront été infectées”.

Son agence finance des initiatives contre le sida avec des fonds publics, des bailleurs privés et du Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose.

“Ces statistiques sonnent le glas de la nation swazi”, a estimé Florence Gule, professionnelle de santé.

Un journaliste du quotidien indépendant ‘Times of Swaziland’ a qualifié les révélations de l’enquête “d’avis d’extermination nationale”, mais d’autres travailleurs de la santé se sont montrés moins pessimistes.

“Nous sommes reconnaissants au gouvernement d’avoir publié ces statistiques”, a dit Lois Lunga, directrice du service d’information et de diffusion sur le sida en Afrique du Sud. “C’est seulement grâce à la diffusion de ces informations, même si elles sont parfois douloureuses, qu’on peut élaborer des programmes pour limiter la propagation du virus: on donne l’alerte et l’action suit”.

Alan Brody, représentant du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef) au Swaziland, a comparé ces résultats avec ceux fournis par d’autres enquêtes pour tenter de dresser un tableau plus complet de la situation au Swaziland.

“On devrait souligner que ce taux de 42,6 pour cent est valable pour les femmes de 20 à 35 ou 40 ans”, a dit Brody. “Pour les femmes âgées de plus de 40 ans, le taux redescend un peu, mais le nombre de femmes de cette classe d’âge n’est pas si important. Le taux de prévalence des hommes âgés de 25 à 40 ans atteint 40 pour cent.”

Une estimation établie pour les personnes âgées a montré que 15 pour cent d’entre elles étaient infectées. “Si on rassemble tous ces chiffres, on obtient un taux de prévalence au VIH d’environ 20 pour cent au niveau national”, a noté Brody.

Selon NERCHA, quelque 220 000 Swazi vivent avec le VIH, ce qui correspondrait à un taux de prévalence d’environ 20 pour cent pour une population d’un peu plus d’un million d’âmes. Les chiffres de l’Unicef sont un peu inférieurs, à 200 000. La plupart des professionnels de la santé s’accordent à dire que le pourcentage de personnes infectées au VIH se situe entre 18 et 20 pour cent.

Les statistiques sur le VIH font l’objet de polémiques car les différentes méthodes employées pour calculer les taux de prévalence sont toutes susceptibles d’être partiales.

Un peu partout en Afrique, le programme des Nations Unies sur le sida (Onusida) et l’organisation mondiale de la santé (OMS) se fondent sur les chiffres relevés lors des consultations prénatales.

Cependant, les données recueillies lors de l’enquête démographique et sanitaire (EDS) et fondées sur les statistiques de population menées dans plusieurs pays l’année dernière ont “suggéré que les précédentes estimations établies lors des enquêtes sentinelles étaient trop élevées”, a reconnu l’Onusida dans son rapport mondial en 2004.

Le ministre de la Santé Sipho Shongwe a mis l’accent sur la baisse du taux de prévalence parmi les adolescentes, révélée par la dernière enquête, l’interprétant comme un signe que le message de prévention sur le VIH passait bien et que le plus fort de la crise était peut-être passé.

En 2004, 29,3 pour cent des femmes enceintes de cette classe d'âge ont été dépistées positives au VIH contre 33,5 pour cent en 2002.

“Nous ne pouvons pas dire sur la simple base de cet échantillon que la crise du sida est réglée parce que les résultats sont compris dans une marge d’erreur de plus ou moins trois pour cent admise pour ce type d’études statistiques”, a prévenu Brody. “Mais au moins ça n’a pas augmenté”.

L’apparente diminution des infections au VIH constatée parmi les adolescentes est conforme aux résultats d’une étude de l’Unicef réalisée en 2003 et qui avait également noté une baisse du taux de prévalence au VIH au sein de ce groupe.

Les officiels de la santé attendent les résultats finaux de la première enquête EDS d’ici le milieu de l’année, des résultats qui, l’espèrent-ils, permettra de dresser un tableau plus précis de l’épidémie.

Néanmoins, de nombreux experts de la santé ont estimé que la hausse du taux de prévalence au Swaziland pourrait ne pas être si désastreux mais au contraire prouver le succès naissant du programme national de traitements antirétroviraux.

“L’extension du programme ARV se poursuit, de plus en plus de Swazi le suivent et vivent plus longtemps”, a dit Gule.

“Si nous réussissons à maintenir les gens en vie grâce à notre programme ARV, nous constaterons une hausse du taux de prévalence”, a dit Brody. “Ces cinq dernières années, 15 000 personnes mourraient chaque année tandis que 16 000 à 17 000 nouvelles infections au VIH étaient enregistrées. L’augmentation des chiffres ne devrait pas nous effrayer”.

Des officiels de la santé ont estimé que la prévention du VIH devait toujours rester une priorité. “Nous devons concentrer nos interventions sur les enfants âgés de huit à 18 ans, ceux qui ne sont pas encore sexuellement actifs”, a dit Brody. “C’est beaucoup plus facile d’influencer leur comportement avant qu’ils ne deviennent actifs”.

“Nous devons aussi continuer à appuyer le groupe des jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans”, a noté Thandi Hlengetfwa, directeur de l’organisation d’information et de soutien sur le VIH.

“Nous voulons continuer à les influencer et à créer un environnement qui réduit les risques d’infections, y compris en renforçant la loi contre les abus sexuels, en donnant plus de pouvoir aux femmes pour que ces dernières puissent refuser les relations sexuelles forcées et en encourageant un changement de comportement dans le cas des aventures sans lendemain”, a conclu Hlengetfwa.

Lire le rapport sur l’augmentation du taux de prévalence chez les femmes enceintes

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