Le calme après la tempête

AFRIQUE DU SUD: Le calme après la tempête


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Peu de médecins et d’infirmières souhaitent venir travailler dans l’Eastern Cape, une province rurale où les écoles et les loisirs sont rares

QUEENSTOWN, 5 août 2005 (PLUSNEWS) - Le calme est revenu à l’hôpital de Queenstown, dans la province de l’Eastern Cape, après que 40 personnes, qui protestaient contre la faible disponibilité de médicaments contre le sida, ont été blessées par le gaz lacrymogène et les balles en caoutchouc tirées par la police.

Le mois dernier, ce coup de force avait déclenché une vague d’indignation à travers le monde, poussant les services de police sud-africains à s’excuser publiquement.

Mais malgré le battage médiatique qui a entouré ces manifestations – organisées par TAC, le groupe de pression Treatment Action Campaign -, peu d’explications ont été données sur ce qui a poussé les activistes à descendre dans la rue : le rythme trop lent de distribution des médicaments antirétroviraux (ARV) à l’hôpital régional.

Au cinquième étage du plus haut immeuble de la capitale provinciale, Bisho, un porte-parole du département local de la santé, Sizwe Kupelo, a attribué les manifestations de Queenstown à un défaut de communication et à des chiffres inexacts.

Selon un communiqué de TAC, publié après la manifestation, environ 2 000 personnes dans le district avaient besoin des médicaments qui prolongent l’espérance de vie des personnes vivant avec le VIH/SIDA, mais seulement 200 y avaient accès ; moins de 10 personnes auraient été mises sous traitement cette année.

Secouant la tête, incrédule, la directrice provinciale chargée du VIH/SIDA, Nomalanga Makwedini s’est demandé : «Où ont-ils trouvé ces chiffres ? C’est tout simplement faux».

Montrant un document en sa possession, elle a révélé que 278 personnes, dont 71 enfants, recevaient un traitement antirétroviral. Entre janvier et juin, l’hôpital a mis sous traitement une moyenne de 27 patients par mois.

Quatre autres sites de prise en charge ont été agréés dans le discrict, où vivent 200 000 personnes, et ils devraient commencer à offrir des traitements ce mois-ci.

Le directeur exécutif de l’hôpital Frontier, Lebohang Mosia, a fait remarquer que l’établissement ne devait pas seulement gérer ses cinq centres d’approvisionnement et 200 000 habitants. «Nous aidons également des petits hôpitaux ruraux de notre district et, pour être juste, nous nous occupons de 600 000 personnes. Ca ne se voit pas dans toutes ces statistiques», a dit Mosia.

Grande pourvoyeuse de main-d’oeuvre migrante pour les autres régions, la province doit aussi recueillir ceux qui reviennent des grandes villes, malades et souvent sur le point de mourir.

Le responsable de TAC pour le district, Mziwethu Faku, et un formateur, Masizole Gonyela, ont du mal à croire les chiffres des responsables locaux, auxquels ils ont de toute façon du mal à accéder. Tout en félicitant l’hôpital pour les progrès accomplis, ils continuent de penser que le rythme de distribution des médicaments est toujours un problème.

«Comment mobiliser et encourager les gens à aller se faire dépister et à chercher de l’aide s’ils attendent ensuite leur traitement pendant neuf mois, puis meurent ?», s’est interrogé Gonyela.

Un tableau plus sombre

Mais le personnel du centre de distribution des ARV de l’hôpital estime qu’il fait de son mieux avec le peu dont il dispose.

Matron Zepe, qui coordonne l’activité de la clinique, a dû «emprunter» trois infirmières professionnelles, deux médecins et trois conseillers de l’hôpital et il partage un pharmacien, responsable du dispensaire de l’hôpital.

La clinique d’ARV, au bout du bâtiment de l’hôpital, est difficile à trouver. Ce vendredi matin, les patients attendent dans le couloir avant d’entrer un à un. Tous sont réticents et refusent d’être interrogés -- le nom de l’hôpital est dans tous les journaux et leurs noms pourraient apparaître.

Le docteur Jaxa, l’un des deux médecins de la clinique, est d’accord pour mettre les choses au clair. «Je souhaiterais que les gens viennent ici pendant une semaine pour voir le travail que nous faisons… Au lieu de parler de quantité, nous pourrions évoquer la qualité du service que nous offrons».

Le docteur Jaxa possède son propre cabinet médical dans la région et travaille à la clinique à mi-temps. Elle a admis que les choses pourraient s’améliorer. «Nous avons besoin d’espace pour travailler, de plus de personnel et de meilleurs services de laboratoire».

Le défi le plus important concerne les patients au dernier stade, qui viennent chercher des médicaments. En haussant les épaules, le docteur Jaxa en a attribué la responsabilité à la stigmatisation et au déni qui entourent toujours le VIH/SIDA malgré les campagnes d’information et la mobilisation de la communauté pour encourager les gens à utiliser des préservatifs et à se faire dépister.

«Les gens savent désormais que les ARV sont là ; ils savent ce que les médicaments peuvent faire mais ils continuent d’attendre jusqu’à être très malades», a-t-elle expliqué.

Le directeur du VIH/SIDA pour la province, Makwedini, a admis que fournir des ARV dans une province rurale telle que l’Eastern Cape n’allait pas être facile.

L’Eastern Cape est la province d’Afrique du Sud où l’offre de soins de santé et de personnel médical est la plus faible comparée à la demande. Ses responsables se battent pour combler cet écart. Environ 8,3 pour cent de la population est séropositive, selon les statistiques du gouvernement.

Des offres d’emploi pour du personnel de santé ont ainsi été publiées dans les journaux, régionaux et nationaux, mais peu de médecins et d’infirmières souhaitent venir travailler dans l’Eastern Cape.

Makwedi a expliqué qu’il était presque impossible d’attirer des professionnels vers ces provinces rurales, où les écoles sont rares et les loisirs inexistants.

«Ils (TAC) demandent que l’on ait plus de personnel comme si c’était la chose la plus facile du monde. Où va-t-on les trouver ?», s’est-elle interrogé.

Néanmoins, avec 6 840 personnes sous ARV, la province a réussi à atteindre son objectif qui était de 2 700 patients sous traitement début 2005.

«Notre objectif d’ici mars 2006 est d’atteindre 15 000 personnes, mais j’ignore comment nous allons y parvenir si nous n’avons pas le personnel nécessaire», a ajouté Makwedini.
Après la tempête

Deux semaines après les manifestations et les gaz lacrymogènes, un des animateurs de TAC, Nompumelelo Kweza a dit continuer de tousser, tandis que Faku a toujours mal à la jambe, frappée par une balle en caoutchouc.

L’un comme l’autre sont séropositifs et avaient bourré leurs sacs à dos d’antirétroviraux le jour de la manifestation. «Nous étions prêts à finir en prison, mais pas à être frappés sans avertissement», a raconté Faku, encore choqué.

Bien que la tempête de protestations et la violence qui ont éclaté à l’hôpital aient été désagréables pour tout le monde, le docteur Jaxa a estimé que l’événement avait eu des conséquences positives. Grâce à l’attention des médias, le personnel médical a finalement été entendu. «Les gens peuvent [enfin] voir ce que nous faisons».

Le département de la santé de la province s’est résolu à mettre en place un forum de discussions qui associe les organisations communautaires, pour discuter des progrès dans la distribution des traitements et de la manière dont les ONG peuvent soutenir les patients. TAC a également été autorisé à accéder aux sites d’approvisionnement et de distribution des ARV.

«Je ne suis pas sûr que cet événement ait eu jusqu’ici des conséquences positives», a dit Gonyela. «Certes, un forum va être organisé et, surtout, nous avons maintenant accès à l’information. Mais nous n’allons pas nous reposer sur nos lauriers – au contraire, ces balles nous ont donné encore plus d’énergie.»

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