Les foyers d’ouvriers du bâtiment indésirables dans les banlieues huppées

SWAZILAND: Les foyers d’ouvriers du bâtiment indésirables dans les banlieues huppées


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Le projet d’Ekuthuleni est le premier à interdire les foyers de travailleurs, qui pourraient propager le VIH

MBABANE, 29 mars 2005 (PLUSNEWS) - Répondant aux craintes des habitants d’un quartier résidentiel de la capitale swazie, une entreprise de construction a interdit les foyers d’hébergement des ouvriers sur le chantier de la périphérie de la capitale Mbabane.

Le plan de développement concerté du quartier d’Ekuthuleni, sur le point d’être construit à Ezulwini, prévoit que “l’entrepreneur devra s’assurer que ses ouvriers ne campent pas sur le site. Seuls les gardiens seront autorisés à rester sur le chantier en dehors des heures de travail”.

Le plan de développement inclut l’aspect VIH/SIDA dans son évaluation de l’impact du projet.

Le secteur des travaux publics au Swaziland a connu une véritable explosion ces deux dernières décennies: le réseau d’autoroutes du pays a triplé, de nombreux barrages et des projets à grande échelle ont vu le jour.

Mais le projet d’Ekuthuleni est le premier à interdire les foyers de travailleurs.

Rattaché à Mbabane en 1998, Ezulwini est le coeur de l’industrie hôtelière de luxe au Swaziland. Située à cinq kilomètres du centre de la capitale, cette étroite vallée bordée par la chaîne de montagnes de Mndzimba a aussi été investie par des propriétés privées, des appartements haut de gamme et un lotissement de luxueuses maisons appartenant au gouvernement.

“Au Swaziland, le sida est beaucoup trop répandu pour n’être qu’une maladie de pauvres”, a dit la propriétaire d’un pavillon à Ezulwini, sous couvert d’anonymat. “Mais certaines catégories de la population sont particulièrement vulnérables au virus, telles que les prostituées et les travailleurs itinérants. Les foyers de travailleurs hébergeant uniquement des hommes sont connus pour être des aimants à VIH”, a-t-elle affirmé.

La présence des hôtels de luxe et la proximité d’importants lieux touristiques a favorisé la prostitution, apparue à Ezulwini dans le courant des années 70. Des résidents ont dit craindre que les foyers d’ouvriers n’attirent de nouvelles prostituées.

“Le sida n’est pas seulement un problème rural”, a dit Rudolph Maziya, coordinateur de ‘l’alliance des maires pour faire barrage au sida’. “Le sida est maintenant au coeur du débat lorsque l’on parle de projets de développement et de construction. Cela montre à quel point le public est préoccupé par l’épidémie”.

Le siège de l’organisation, dont les membres sont issus des 11 zones urbaines du pays, se trouve à Ezulwini.

Pourtant, certains officiels de la santé estiment que les préoccupations concernant les foyers de travailleurs sont infondées.

“Ce ne sont pas les foyers qui engendrent le sida, c’est l’ignorance”, a estimé Gloria Dlamini, qui travaille dans le secteur de santé. “Les travailleurs doivent surtout être informés sur les moyens de se protéger du VIH”.

“Interdire les foyers de travailleurs va augmenter les coûts de construction et aura un impact sur le développement du Swaziland”, a estimé le directeur d’une entreprise de construction appartenant à l’Etat, qui préfère ne pas donner son nom.

“Où logeront les ouvriers? Comment se rendront-ils sur le chantier dans des délais raisonnables, surtout si le site se trouve au milieu de nulle part comme c’est le cas pour le nouvel aéroport par exemple?”, a-t-il demandé.

Selon cet entrepreneur, interdire les foyers au lieu de chercher à améliorer les conditions de vie des travailleurs temporaires du secteur du bâtiment n’est rien d’autre qu’un symptôme de la panique face au VIH, dans un pays où l’on estime que près de 40 pour cent de la population adulte est infectée par le virus.

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