Lutter contre le VIH/SIDA dans les lieux de travail

SWAZILAND: Lutter contre le VIH/SIDA dans les lieux de travail


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le patronat et les hommes d'affaires swazis ne peuvent plus se permettre d'ignorer la pandémie de VIH/SIDA

MBABANE, 18 février 2005 (PLUSNEWS) - Dans un pays où les travailleurs vivant avec le VIH font l'objet de discrimination de la part de leurs employeurs, Gladys Ndlangamandla, une femme de 33 ans à l'allure svelte et la voix douce, peut s'estimer heureuse.

Quand elle a révélé sa séropositivité, au lieu d'être aussitôt renvoyée, sa charge de travail a été diminué pour lui permettre de se reposer quand elle ne se sentait pas bien.

“J'ai continué à travailler trois ans après avoir découvert ma séropositivité. Je stockais les marchandises et je nettoyais les étagères. Mais depuis deux semaines je me sens mal et hier, j’en ai parlé à mon employeur”, a-t-elle expliqué à PlusNews.

“Je ne savais pas s’ils allaient me renvoyer, mais continuer à travailler me fatiguait trop. A la fin de la journée, mon dos me faisait tellement mal et je me sentais tellement faible que je ne pouvais pas me rendre au travail le lendemain”, a-t-elle ajouté.

“Je leur ai parlé de ma situation et ils m'ont écouté avec beaucoup de sympathie. J'ai demandé à travailler seulement quatre heures par jour parce que je ne suis plus assez forte. Ils ont accepté.”

Le groupement des entrepreneurs swazis contre le sida espère que leur nouveau programme dans les lieux de travail sera suivi par l’ensemble des employeurs, dans un pays où le taux de prévalence au VIH est le plus élevé du monde.

“Nous avons lancé une campagne pour aider les employeurs à s’occuper des personnes infectées par le VIH comme ils le feraient pour d’autres employés atteints de maladie chronique ou débilitantes”, a dit Makhosazana Hlatshwayo, le coordinateur du groupement lors d’une conférence de presse.

Ce programme de huit mois se focalisera sur le sentiment de crainte et les “attitudes négatives” auxquelles doivent faire face les séropositifs swazis dans leur lieu de travail, a dit Hlatshwayo.

La petite domestique Albertina Dube pourrait bénéficier d'une telle initiative, dans un secteur où la condition des travailleurs est difficile à réglementer.

“Cinq ans après avoir découvert ma séropositivité, je suis tombée malade. Mon employeur m'a amené voir le docteur V., son médecin personnel, qui lui a annoncé la nouvelle”, a-t-elle raconté.

“Mon employeur m'a renvoyé, en me disant que je ne serais plus capable de travailler dur et qu’il fallait mieux que je reste à la maison. C'est dingue, parce que cela fait maintenant cinq ans que je suis séropositive et j’ai travaillé jusqu’à présent, sans aucun probleme”, a dit Dube.

Dube est allee voir le centre d'aide aux malades du sida (TASC) au centre commercial de Manzini, et le TASC a envoye des conseillers pour sensibiliser l'employeur de Dube.

“Ils avaient peur que je ne contamine leurs enfants. Ils n’ont pas voulu entendre d’explication au sujet du virus”, a-t-elle dit.

Pourtant, le patronat et les hommes d'affaires swazis ne peuvent plus se permettre d'ignorer la pandémie. La Banque centrale du Swaziland s’est ainsi aperçue d’une baisse générale de productivité parmi ses travailleurs au cours des précédentes années – une tendance largement imputable au VIH/SIDA.

“Le sida est un problème économique majeur : tous les employeurs y sont confrontés, les échelons intermédiaires comme les ouvriers. Les sociétés investissent dans des programmes de formation et elles enregistrent une perte quand leurs employés se trouvent dans l’incapacité de travailler”, a dit l'activiste et ancien président de la Chambre de commerce, Musa Hlope.

L'un des objectifs du groupement des entrepreneurs swazis contre le sida est de mettre en place une politique commune dans les lieux de travail, qui servira de code de conduite en cas d'absence ou de transfert de capacité comme ça a été le cas avec Gladys Ndlangamandla.

Des suggestions seront émises sur la manière gérer les congés maladies, la retraite anticipée ou un licenciement éventuel.

“Il est préférable d'avoir un réglement commun, ça rend les choses plus facile pour les employeurs. En ce moment, nous pataugeons dans cette grave crise et ça conduit à des erreurs”, a dit un expert financier de Mbabane, qui préfère rester anonyme.

Selon lui, le problème est le même quand il s’agit d’entreprises ou de plantations agricoles.

“Même si des liens solides existent entre un employeur et ses employés, la peur peut tout ruiner”, a t-il dit.

Le projet de la coalition des employeurs a été lancé très récemment et il est encore trop tôt pour dire si les entreprises comprendront le message.

“Il y a eu beaucoup de sensibilisation sur le VIH/SIDA et la plupart des Swazis connaissent les données scientifiques de base. Mais cela n'a pas beaucoup influé sur leurs comportements sexuels et on peut se demander si le message a bien été entendu par tous”, a dit le docteur Derek von Wissell, qui dirige le Comité national de réponse à l’urgence du sida.

Pour éviter de diffuser des messages trop vagues, qui ont prouvé leur inefficacité, la coalition des employeurs a opté pour une approche plus ciblée. “Nous utiliserons le langage des hommes d'affaires”, a dit Hlatshwayo. “Nous allons parler profit et ressources humaines, de la manière d’atténuer l’impact du sida sur ces deux secteurs.”

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