Les activistes somment l’Etat de prendre en charge les personnes séropositives

NIGERIA: Les activistes somment l’Etat de prendre en charge les personnes séropositives


©  George Osodi/IRIN

La mobilisation des activistes ne faiblit pas au Nigeria

LAGOS, 29 août 2005 (PLUSNEWS) - Les activistes de la lutte contre le sida maintiennent leur pression sur l’Etat, exigeant que les soins, les traitements et les examens cliniques soient gratuits pour les quatre millions de personnes vivant avec le VIH/SIDA au Nigeria.

Treatment Action Mouvement (TAM, Mouvement pour l’action en matière de traitement), qui rassemble des membres de la société civile engagés dans la lutte pour l’accès aux traitements et aux soins, a appelé vendredi le gouvernement à agir en faveur des patients, bien souvent incapables de s’acquitter des sommes demandées par le système national de santé.

Les personnes sous traitement antirétroviral (ARV) doivent verser chaque mois 1 000 nairas (7,50 dollars américains) pour les médicaments et s’acquitter du prix des analyses médicales qui permettent de surveiller l’évolution de leur état général, du traitement des infections opportunistes ainsi que de leur propre transport vers les centres de santé, ce qui reviendrait à un coût moyen de 1 000 nairas par jour, selon l’organisation internationale Médecins sans frontières (MSF).

Selon les Nations Unies, 66 pour cent des Nigérians vivent dans un état de pauvreté absolue, avec moins d’un dollar par jour.

“[Le gouvernement] doit accéder à notre demande compte tenu de la catastrophe que nous voyons arriver, et due au fait que de nombreuses personnes vivant avec le VIH/SIDA n’ont pas accès aux traitements”, a dit à PlusNews Rolake Odetoyinbo Nwagu, le coordinateur national de TAM.

Le TAM a également exigé, dans un communiqué, que le lait maternisé et les traitements ARV soient mis rapidement à la disposition des mères, des nourrissons et des enfants infectés par le virus.

Les autorités du Nigeria n’ont pas souhaité réagir officiellement à cette nouvelle fronde des activistes locaux, mais ont affirmé qu’elles “considéraient la demande”.

Début avril, une coalition de 11 associations et organisations humanitaires, dont MSF et des représentants de séropositifs, avait adressé une pétition conjointe au président Olusegun Obasanjo, affirmant qu’en raison du coût des traitements, de nombreux Nigérians renonceraient à recevoir un traitement ARV qui prolongerait leur espérance de vie.

“Beaucoup ne peuvent assumer de tels frais”, ont affirmé les activistes, demandant au président Obasanjo d’annuler ces coûts.

Selon les responsables de la lutte contre l’épidémie au Nigeria, cette demande n’est pas réaliste. Pour eux, ont dit les activistes, cela reviendrait à créer des inégalités entre les patients qui seraient complètement pris en charge et ceux qui continueraient à payer une partie de leur traitement, faute d’être éligibles aux programmes subventionnés.

La gratuité, une question de volonté politique ?

Mais Mme Nwagu n’est pas de cet avis. “L’argent du Fonds mondial [de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme] est une subvention, pas un prêt, donc nous ne comprenons pas pourquoi les personnes vivant avec le virus doivent payer pour leur traitement.”

“Si les gens ne peuvent pas acheter leurs médicaments, nous courrons le risque que des résistances aux traitements s’installent, ce qui rendrait la situation beaucoup plus difficile à gérer”, a-t-elle ajouté. Les souches de VIH peuvent en effet devenir moins sensibles aux médicaments après des prises irrégulières ou des interruptions non contrôlées des traitements.

Le Nigeria bénéficie de nombreux financements internationaux pour la lutte contre l’épidémie. En juillet 2003, le Fonds mondial a accordé un prêt de plus de 70 millions de dollars sur cinq ans au gouvernement d’Abuja, tandis que les Etats-Unis offraient 150 millions de dollars et la Banque mondiale 110 millions de dollars à un taux préférentiel.

Peu d’Etats africains offrent une prise en charge complète – traitement et examens cliniques – des personnes vivant avec le VIH/SIDA, en raison de la nécessité de partager les subventions internationales qui permettent de faire baisser les prix des traitements entre le plus de bénéficiaires possibles et le plus longtemps possible.

Pour la coordinatrice de TAM, la décision de rendre gratuite la prise en charge des patients est purement politique. “Le gouvernement peut offrir des traitements à tous s’il le souhaite réellement”, a dit Mme Nwagu.

MSF et le réseau nigérian des personnes vivant avec le VIH/SIDA, NEPWAN, ont également affirmé, lors d’une conférence de presse en juin dernier à Lagos, que le Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique, devrait être capable d’offrir des traitements gratuits, à l’image de ce que font certains Etats du continent – comme le Sénégal.

Depuis la mise en place de l’Initiative sénégalaise d’accès aux antirétroviraux, l’ISAARV, en 1998, certains des tests nécessaires au démarrage et au suivi d’un traitement antirétroviral, comme la numération des CD4 (qui permet de déterminer si un patient doit être mis sous traitement ), sont gratuits pour les patients.

Selon Tobias Luppe, responsable de la campagne de MSF pour l’accès universel aux médicaments essentiels au Nigeria, “ce n’est pas le manque d’argent qui conditionne la réponse aux besoins des personnes infectées, mais le manque de volonté politique”.

Il y a un an, la branche néerlandaise de MSF a lancé à Lagos un programme complet de soins et d’assistance dont l’objectif est d’offrir gratuitement une prise en charge complète des personnes vivant avec le VIH/SIDA, allant du dépistage aux conseils en passant par les soins, le soutien nutritionnel et la distribution d’ARV à plus de 300 personnes.

Les Nations Unies estiment que près de quatre millions de Nigérians vivent aujourd’hui avec le virus. MSF considère qu’environ 500 000 d’entre eux ont un besoin urgent d’antirétroviraux, alors qu’officiellement, 50 000 personnes en reçoivent.

Une offre insuffisante, malgré les besoins

Selon Babatunde Osotimehin, le responsable du Comité national d’action contre le sida (Naca), le Nigeria serait en bonne voie «pour atteindre l’objectif de 250 000 personnes sous traitement en 2006», fixé en février par les autorités.

“Afin de remplir cet objectif national de fournir des traitements à 250 000 personnes vivant avec le virus au Nigeria d’ici juin 2006, il faudrait instituer une forte coordination et des liens solides (entre acteurs de la santé) pour assurer l’approvisionnement du pays en services thérapeutiques et à tous les niveaux”, a précisé TAM dans un communiqué.

Selon le mouvement, les ARV ne sont disponibles que dans 25 centres publics agréés et neuf centres gérés par le Plan d'urgence américain pour l'aide contre le sida du président George Bush (Pepfar), lancé en 2003.

Tandis qu’Abuja, la capitale de la fédération nigériane, abrite dix centres de distribution d’ARV, Lagos n’en possède que cinq et certains Etats aucun, ce qui oblige les personnes sous traitement à se déplacer régulièrement et par leurs propres moyens pour s’approvisionner en médicaments.

Les enfants ont encore moins de chance puisque, selon les activistes, les traitements adaptés à leur morphologie ne sont disponibles, depuis peu, qu’irrégulièrement et en très petite quantité.

Alors que 5 000 enfants devraient bénéficier d’ARV pédiatriques, seuls 1 200 y auraient accès depuis juillet, selon les responsables de l’Institut nigérian de recherche médicale (NIMR). Ces derniers ont précisé devoir faire face à des ruptures de stock telles que seuls 20 enfants seraient soignés à ce jour.

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