Des experts appellent à plus d’éthique en matière de recherche vaccinale

AFRIQUE: Des experts appellent à plus d’éthique en matière de recherche vaccinale


©  AAVP

Le ruban rouge est à l'envers : la recherche vaccinale contre le sida n'a pas encore abouti

DAKAR, 25 août 2005 (PLUSNEWS) - Selon des experts de la recherche de vaccins contre le VIH, réunis cette semaine dans la capitale du Sénégal, il devient urgent d’assurer le respect des principes éthiques dans le cadre des essais vaccinaux sur le continent africain.

“Nous devons nous tenir informés les uns les autres, sur l’avancée de la recherche comme sur le cadre éthique et législatif dans lequel elle s’exerce”, a dit à PlusNews le professeur Souleymane Mboup, responsable, au Sénégal, du Programme africain pour un vaccin contre le sida (African AIDS Vaccine Program, AAVP).

L’AAVP, qui rassemble des chercheurs africains, a été créé à Nairobi, la capitale du Kenya, en juin 2000 pour promouvoir et faciliter la recherche et l’évaluation des vaccins anti-VIH en Afrique. Le réseau prône une action coordonnée dans la mise au point des vaccins ainsi qu’une meilleure information et formation des acteurs de la recherche vaccinale, selon le professeur Mboup.

“En tant que chercheurs, nous avons nos propres interrogations, mais les membres des comités d’éthique aussi. Nous devons faire en sorte d’avancer et de lever les blocages, pour éviter les dérapages comme le gel des programmes de recherche”, a-t-il expliqué.

L’AAVP coorganise cet atelier international, qui réunit du 25 au 27 août une cinquantaine d’experts et de membres de comités d’éthique d’Afrique alors que de nombreux débats sur les dangers et les mérites des essais cliniques agitent le monde de la recherche et la classe politique africaine.

Ainsi, au Cameroun et au Nigeria, faute d’accord sur les principes éthiques à respecter au cours des essais d’un médicament potentiellement préventif de l’infection au VIH, les études cliniques ont été interrompues par les autorités, au grand dam de l’ensemble des acteurs nationaux et internationaux.

“Nous ne sommes pas contre les essais, bien au contraire. Mais nous préférons qu’il n’y ait pas d’essai plutôt que des essais qui ne respectent pas les règles éthiques que nous appliquons dans les pays du nord”, avait expliqué, début août, Régis Samba-Koundzi, responsable de la commission Nord-Sud de l’organisation française Act-Up.

Le Réseau camerounais Ethique, droit et sida (REDS) et Act-Up avaient dénoncé dès janvier le peu d’information donnée aux 400 volontaires, des travailleuses du sexe, sur les risques encourus au cours de l’essai, ainsi que l’absence de traitements antirétroviraux offerts aux patientes qui seraient infectées au VIH.

Pourtant, selon l’Agence française de la recherche sur le sida, tout essai mené par l’organisme de recherche dans les pays du sud utilise une charte éthique, qui comprend une prise en charge à long terme des personnes infectées et quelques fois de leur famille.

Les activistes camerounais affirment que 50 essais clandestins sur des médicaments contre le VIH/SIDA sont menés chaque année au Cameroun, qui présente la particularité de rassembler tous les sous-types du VIH. Sans l’aval des autorités, des laboratoires étrangers expérimenteraient des protocoles thérapeutiques sur des personnes très exposées au VIH sans se préoccuper des conséquences, ont-ils dit.

Cela représenterait, selon eux, 17 pour cent de l’ensemble des essais illégaux menés tous les ans dans ce pays d’Afrique centrale, dépourvu d’un cadre juridique en matière de recherche biomédicale. Environ 40 pour cent des essais médicaux au Cameroun seraient conduits de manière illégale.

“Nous devons sensibiliser les comités d’éthique au VIH, nous devons comprendre, les uns et les autres ce que nous attendons de ces essais”, a dit le professeur Mboup, par ailleurs chef du laboratoire de bactériologie du Centre hospitalier universitaire (CHU) Le Dantec de Dakar.

Pour lui, “les approches conventionnelles ne sont pas appropriées pour un vaccin contre le VIH/SIDA”.

Compte tenu des incertitudes scientifiques et techniques qui entourent la recherche vaccinale, “des essais cliniques à plus grande échelle chez l’homme seront nécessaires pour définir si un vaccin est efficace et pendant combien de temps”, a expliqué le professeur Mboup.

Selon lui, 30 nouveaux “candidats vaccins”, qualifiés de “prometteurs”, font actuellement l’objet d’essais cliniques sur l’homme dans 19 pays. La majorité de ces essais a démarré au cours des quatre dernières années.

Pour les participants à l’atelier de Dakar, il est désormais urgent d’établir une réelle collaboration entre les scientifiques et les partenaires des pays en développement afin que les questions liées aux risques et aux avantages des essais soient prises en compte au cours de ces études.

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