Les difficultés économiques, un défi pour les patients séropositifs

MOZAMBIQUE: Les difficultés économiques, un défi pour les patients séropositifs


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Plus de 12 500 personnes séropositives bénéficient d'ARV au Mozambique, dont plus de 4 000 avec le programme Sant'Egidio

MAPUTO, 2 août 2005 (PLUSNEWS) - Bénéficier du programme national d’antirétroviraux (ARV) est considéré comme un privilège par les milliers de Mozambicains séropositifs qui y ont accès, mais cela ne résout pas les difficultés économiques et sociales auxquelles bon nombre de ces patients sont confrontés.

Lorsque sa femme est morte d’une infection opportuniste liée au VIH/SIDA il y a quatre ans, Isufu Portina, 29 ans, a été arrêté et accusé à tort de l’avoir empoisonnée et tuée. Un prêtre de la communauté de Sant’Egidio, une organisation proche du Vatican, a réussi à le faire sortir de prison après avoir obtenu le rapport d’autopsie de sa femme.

Mais après 14 mois de détention, Portina est sorti affaibli. Souffrant de la tuberculose et d’autres complications liées au sida, il était trop malade pour travailler ou même s’occuper de ses trois enfants.

« Bien que je n’ai dit à personne que j’avais été dépisté positif au VIH, j ‘étais tellement maigre que les gens le savaient », a-t-il dit à PlusNews. « Ils me fuyaient comme si j’étais un animal sauvage, une bête féroce ».

Il a alors été pris en charge dans le cadre du projet DREAM, un programme de lutte contre le sida en Afrique subsaharienne géré par la communauté de Sant’Egidio.

Aujourd’hui, deux ans après avoir commencé son traitement antirétroviral (ARV), Portina ressemble à n’importe quel autre homme en bonne santé.

Le projet DREAM, intégré au système national de santé mozambicain, fournit des AVR à 4 200 personnes, sur un total de 12 600 personnes qui en reçoivent à travers le système de santé du pays.

Pourtant, Matteo Zuppi de Sant’Egidio a insisté sur le fait que « derrière chaque chiffre, il y a une histoire », et notamment les défis auxquels les patients continuent d’être confrontés même après avoir commencé leur traitement.

Alors que le traitement « rend la santé » à la personne infectée au VIH, le principal obstacle pour les patients est d’être à nouveau accepté au sein de la société, notamment en retrouvant un emploi, a dit le docteur Ines Zimba de Sant’Egidio au Mozambique.

« En tant que médecin je ne peux pas donner à mes patients tout ce dont ils auraient besoin », a dit Zimba. « Les patients viennent me voir et ils me disent qu’ils ne trouvent pas de travail à cause de la discrimination liée au sida, ils n’ont pas d’argent, pas de nourriture non plus à la maison, et ils me disent qu’ils ne peuvent pas prendre leurs comprimés le ventre vide ».

« Nous avons besoin de davantage de soutien de la part des autres membres des communautés, y compris les familles, les employeurs, les activistes et les psychologues. Tout le monde doit apporter son aide et jouer son rôle, c’est une course contre la montre », a souligné le médecin.

La discrimination à l’égard des travailleurs vivant avec le VIH est illégale au Mozambique, de même que le licenciement lié au statut sérologique de l’employé.

Pourtant, selon Zimba, la législation seule ne peut empêcher la discrimination dans une société où le sida est toujours très fortement stigmatisé. Une large campagne d’éducation et de changement d’attitude est nécessaire.

Retourner travailler dans les mines

A Maputo, le docteur Marc Biot, coordinateur de l’organisation Médecins sans frontières, MSF-Luxembourg, a confirmé qu’en dépit du succès du programme de traitements ARV, les obstacles économiques et sociaux auxquels étaient confrontées les personnes vivant avec le VIH devaient être pris davantage en considération.

MSF apporte son soutien à plus de 5 000 personnes sous ARV au Mozambique dans le cadre du système national de santé.

Selon Biot, de nombreux patients sous ARV sont préoccupés par les difficultés qu’ils rencontrent lorsqu’il s’agit de trouver des moyens de gagner leur vie.

L’un des problèmes est que beaucoup d’hommes dans la partie du sud du pays, frontalière avec l’Afrique du Sud, veulent retourner dans ce pays voisin pour travailler dans les mines, ou ils étaient employés avant de tomber malade.

« Nous sommes censés leur fournir un stock de médicaments pour un mois, mais ils demandent à avoir trois mois de traitement pour pouvoir retourner en Afrique du Sud », a expliqué Biot. « C’est un problème que l’on doit régler d’une manière ou d’une autre, c’est une réalité économique pour les gens, et l’économie ici ne permet pas de les absorber ».

Bien que le taux d’abandon du traitement soit de moins de cinq pour cent, il a souligné que les gens étaient confrontés à un certain nombre de contraintes pour rester au sein du programme ARV.

Lorsqu’il est possible de localiser les gens qui ont abandonné leur traitement, la plupart d’entre eux invoque le manque d’argent nécessaire au transport pour se rendre dans les structures de santé, tandis que d’autres expliquent qu’ils n’avaient pas de quoi manger.

Le Programme alimentaire mondial fournit des rations alimentaires aux personnes sous ARV souffrant d’anémie ou de malnutrition, mais Biot a estimé que ces personnes devaient être peu à peu ‘délivrées’ de leur dépendance à l’aide alimentaire.

Les 12 600 Mozambicains qui bénéficient des ARV sont, malgré les difficultés, des privilégiés. Ils ne représentent qu’un petit pourcentage des quelque 200 000 personnes qui auraient besoin de ce traitement, et le pays est loin d’avoir atteint son objectif de mettre 29 000 patients sous ARV d’ici fin 2005.

Selon l’Institut national de la statistique, le taux de prévalence du VIH au sein des 15-49 ans atteint 15,6 pour cent et le sida représente un décès sur quatre dans cette même tranche d’âge.

En 2004, quelque 97 000 personnes sont mortes d’infections liées au sida, parmi lesquels 17 500 enfants de moins de cinq ans.

Dans le cas de Portina, le programme ARV a transformé sa vie. En plus d’avoir retrouvé une bonne santé physique, il a trouvé un emploi grâce à un programme soutenu par le DREAM.

Ce travail au sein d’une association communautaire qui aide les patients sous ARV à suivre leur traitement lui permet de gagner environ 100 dollars par mois – plus que le salaire minimum.

Portina se dit optimiste pour l’avenir.

« J’espère pouvoir continuer à travailler pour venir en aide aux personnes vivant avec le VIH/SIDA », a-t-il dit. « Et j’espère qu’un jour, je pourrai me permettre d’acheter ma propre maison, pour y vivre à nouveau avec mes trois enfants. »


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