Vaincre les réticences des pères à faire dépister au VIH la mère et l’enfant

TOGO: Vaincre les réticences des pères à faire dépister au VIH la mère et l’enfant

LOME, 14 juillet 2005 (PLUSNEWS) - Plus de 18 mois après la mise en place d’un programme de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant (PTME), la moitié des femmes enceintes au Togo refuse toujours de se faire dépister au VIH lors des consultations prénatales, souvent sur pression de leur conjoint, selon les médecins.

Dans la salle d’attente de l’hôpital secondaire de Bè, un quartier populaire de la capitale togolaise, la plupart des femmes enceintes se dit a priori prête à effectuer le test de dépistage du VIH, “au moins pour sauver la vie du bébé”, a justifié l’une d’entre elles.

Pourtant, selon le docteur Gbandi Djinadou, directeur de cet hôpital, jusqu’à aujourd’hui, seule une femme sur deux a finalement accepté de le faire.

Sur l'ensemble des femmes dépistées, sept pour cent d’entre elles étaient séropositives, a précisé le docteur Raissa Tchama, responsable de la PTME pour le Programme national de lutte contre le sida (PNLS).

Selon de nombreux médecins, le refus du dépistage vient dans la majorité des cas du conjoint.

“La pression du mari sur sa femme constitue l’un des freins du programme PTME”, a affirmé Djinadou.

Le programme PTME consiste à assurer un suivi médical et psychologique de la femme enceinte dépistée positive au VIH et de son bébé pendant la grossesse, au moment de l’accouchement et dans les semaines qui suivent la naissance de l’enfant.

Grâce à l’administration de médicaments antirétroviraux (ARV) à la mère avant son accouchement, et à l’enfant dans les premières heures suivant sa naissance, le risque de transmission du VIH peut alors être évité, ou en tout cas réduit de manière significative.

Au Togo, ce programme a été lancé en janvier 2004, avec le soutien du Fonds des Nations unies pour l’enfance, l’Unicef.

En 2005, la PTME a également bénéficié de l’appui de l’Organisation mondiale de la santé et d’un financement d’un peu plus d’un million de dollars sur un an du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Aujourd’hui, près de 4800 femmes et leur enfant sont pris en charge gratuitement dans le cadre de ce programme au Togo, sur cinq sites pilotes. Quatre de ces sites se trouvent à Lomé, le cinquième étant à Tsévié, à 35 kilomètres au nord de la capitale, en attendant de commencer à étendre ce programme à d’autres centres de santé du pays dans les semaines à venir.

Ne pas se faire dépister par peur du rejet

Selon Tchama du PNLS, la réticence des futures mères face au dépistage du VIH s’explique en partie par le fait que de nombreuses femmes, dépistées séropositives au cours de leur grossesse après avoir bravé l’interdiction de leur partenaire de faire le test, se sont retrouvées dans des situations dramatiques.

“Certaines ont été renvoyées par leur mari et rejeté par leurs familles, elles disent qu’elles ont perdu le goût de vivre et ne veulent plus exister”, a dit Tchama.

Lorsqu’ils n’y sont pas catégoriquement opposés, les conjoints n’encouragent de toute façon pas la femme enceinte à se faire dépister, ont noté plusieurs responsables du programme.

C’est le cas de Kossivi (son prénom), titulaire d’un diplôme en communication, qui attend avec sa compagne la naissance de leur premier enfant dans les prochains jours.

“[Ma compagne] m’a dit qu’elle ne voulait pas faire le test et puisque je ne m’en préoccupe pas non plus, je ne l’ai pas forcée”, a-t-il expliqué.

Par “peur de connaître le résultat”, comme l’a reconnu Massan, une jeune femme de 22 ans enceinte de trois mois, ou pour ne pas avouer la pression qu’elle subissent de la part de leur partenaire, selon des médecins, certaines femmes refusent elles aussi de faire le test.

“Je préfère mourir avec mon enfant car si je meurs et lui reste en vie, qui va s’en occuper?”, s’est justifiée Afiwa, enceinte de six mois.

Le mari de Fati (un nom d’emprunt), employée d’une société à Lomé, n’a pas refusé que son épouse fasse le test de dépistage du VIH lorsqu’elle était enceinte, sur les conseils du médecin.

Lorsque le test s’est révélé positif et qu’elle lui en a parlé, “[mon mari] a dit que logiquement, il devait aussi être séropositif, nous avons décidé d’avoir des rapports protégés, mais il n’a jamais voulu faire le test”, a raconté Fati.

Toujours sur les conseils de son médecin, Fati et son bébé ont suivi un traitement ARV pour que l’enfant ne soit pas infecté.

“J’ai respecté les prescriptions du médecin, aujourd’hui notre enfant a trois ans et apparemment il se porte bien, mais mon mari ne veut toujours pas le faire dépister, cette situation est très éprouvante”, a-t-elle reconnu.

Un programme qui a prouvé son efficacité

Face à ce déni et au refus des conjoints de faire dépister leur partenaire ou leur enfant, les médecins n’ont qu’une seule arme: la diplomatie.

“Nous ne pouvons que discuter avec les personnes concernées et tenter de les convaincre, nous n’avons pas d’autres moyens”, a dit le docteur Ebenezer Agbetiafa, pédiatre à l’hôpital de Bè.

Et cela ne suffit pas toujours, a reconnu Agbetiafa, citant le cas d’une de ses patientes.

“Une femme séropositive a perdu son premier enfant, né prématuré, à la naissance”, a raconté ce pédiatre. “Le mari étant sain, nous leur avons conseillé d’avoir des rapports protégés mais ils ne nous ont pas écouté, la femme est de nouveau tombée enceinte et a perdu un deuxième enfant”.

Malgré l’insistance des médecins, le couple a décidé d’essayer d’avoir un autre enfant, le mari étant toujours séronégatif. “La troisième fois, la femme est morte avec le bébé et le mari a été infecté”.

Des histoires que les médecins de la PTME disent regretter d’autant plus que le programme de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant a prouvé son efficacité.

Selon Tchama du PNLS, après 18 mois de suivi, 83 pour cent des enfants nés de mères infectées au VIH sont séronégatifs.

Des résultats qui encouragent les autorités sanitaires et les bailleurs de fonds à vouloir étendre le programme à l’ensemble des régions de ce petit pays de moins de cinq millions d’habitants, qui affiche un taux national de prévalence du VIH de six pour cent, selon le gouvernement.

En attendant d’atteindre l’objectif de doter tous les centres de santé du pays d’une section de prise en charge des femmes enceintes infectées au VIH d’ici la fin 2006, d’autres centres sont en cours d’installation, a dit le docteur Arnold Ahiatsi, coordonateur du Fonds mondial au Togo.

“Une partie du personnel est déjà formé et les locaux en cours de réhabilitation, plusieurs de ces centres devraient être opérationnels d’ici la fin du mois de ce mois”, a affirmé Ahiatsi.

Les responsables du programme PTME sont toujours disposés à parler des succès qui les encouragent à persévérer.

Tchama a raconté l’histoire d’un riche commerçant polygame, infecté au VIH comme ses deux épouses et son seul enfant, qui, croyant sa famille condamnée à mourir, avait décidé de vivre au jour le jour.

Jusqu’à ce que l’une de ses femmes tombe enceinte.

“La mère a été suivie dans le cadre de la PTME, l’enfant est né séronégatif et aujourd’hui il se porte bien”, a raconté Tchama.

“Quand il a vu cela, le père a acheté un terrain et il a fait construire une grande maison. A chaque fois que je passe devant chez eux, je me souviens de l’histoire et cela me fait un grand bien”, a-t-elle avoué.




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