Des ONG exploiteraient les travailleurs bénévoles - HEARD

AFRIQUE DU SUD: Des ONG exploiteraient les travailleurs bénévoles - HEARD


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De nombreuses personnes atteintes du VIH/SIDA ne peuvent payer les traitements dispensés dans les hôpitaux

DURBAN, 17 janvier 2005 (PLUSNEWS) - De nombreuses associations exploiteraient les aides à domicile bénévoles, selon une nouvelle enquête du HEARD de l’université du KwaZulu-Natal de Durban qui souligne le manque d’efficacité des programmes de soins à domicile.

Selon Olagoke Akintola, consultant au Health Economics and AIDS Research (HEARD) en Afrique du sud, ces programmes ne sont souvent qu’une simple manière de "gérer la crise".

Pour faire face au nombre croissant de personnes infectées par le VIH (21,5 pour cent des adultes sexuellement actifs sont séropositifs), le gouvernement sud-africain a recruté des bénévoles qui soignent les malade à domicile.

Mais pour Aktintola, il est nécessaire que les services publiques de santé revoient les soins de santé primaires en fonction de la pandémie du VIH/SIDA et qu’ils donnent un cadre plus réglementaire aux programmes fondés sur le bénévolat afin de rétribuer et soutenir les aides à domicile.

"Les gouvernements et les services de santé doivent comprendre que les soins de santé à domicile ont un coût", a noté Akintola dans son enquête.

En Afrique du sud, la plupart des programmes de soins à domicile font appel à des bénévoles membres de communautés affectées par la pandémie. Ce sont généralement des femmes et des personnes qui ne perçoivent soit aucun salaire soit, dans de rares cas, une somme modique.

"Les personnes qui se portent volontaires assument déjà de lourdes charges car elles sont [majoritairement] pauvres et affectées par le sida", explique Akintola. Le bénévolat aggrave la précarité de leur situation puisqu’elles partagent leur repas et leurs biens avec les patients. Ces bénévoles passent des journées entières à travailler gratuitement plutôt qu’à rechercher un emploi rémunéré.

Zanele Sithole est responsable du service de soins à domicile de Hlangabeza et de la coopérative des femmes de Mnini, sur la côte méridionale du KwaZulu-Natal.

"Nous avons une importante rotation de personnel et devons constamment recruter et essayer de garder les nouvelles aides à domicile», a t-elle indiqué. «Personne ne peut travailler gratuitement pendant une longue période car notre personnel est lui-même pauvre."

Akintola a également enquêté sur les programmes de soins à domicile en Ouganda et a analysé pendant trois ans plusieurs projets dans deux communautés semi-rurales. Il a rencontré des travailleurs à domicile et des coordonnateurs de programme, des membres et des conseillers de comités de santé locaux, ainsi que des personnes vivant avec le VIH/SIDA et leur famille.

Les aides à domicile ont besoin d’un soutien psychosocial car leur travail est particulièrement stressant tant d’un point de vue physique, social qu’économique. En général, elles prennent en charge les tâches domestiques, conseillent, s’occupent des enfants de patients malades, apportent un soutien matériel et alimentaire, organisent les funérailles de personnes décédées et aident les patients et leur famille à bénéficier des prestations sociales.

Selon certains experts, si le bénévolat reste une "option bon marché", il ne peut être une solution à long terme. Pour Akintola, le gouvernement doit prévoir un budget afin d’assurer un salaire régulier aux aides à domicile et "faire de ce service" une profession au même titre que celle des agents de santé communautaires employés par l’Etat.

"Nous encourageons les aides à domicile bénévoles issus de familles pauvres ou affectées par le sida à rejoindre le programme des agents de santé communautaires», a dit à PlusNews le porte-parole du ministère de la Santé, Sibani Mngadi. «Nous avons recruté près de 40 000 agents de santé qui gagnent un salaire mensuel minimum de 1 000 rands (167 dollars américains), et dans certaines provinces comme le KwaZulu-Natal, ce salaire peut atteindre 1 700 rands (283,68 dollars)".

Le gouvernement a annoncé la semaine dernière qu’il prévoyait d’investir 83 millions de dollars supplémentaires par an sur les cinq prochaines années afin de créer des postes d’aide à domicile. Sur les 150 000 emplois que ce programme permettra de créer, 122 000 correspondent à des projets communautaires de soins à domicile et 90 000 travailleurs supplémentaires seront recrutés pour une courte période dans les sites existants.

Selon Mngadi, le ministère de la Santé ne connaît aucun cas d’exploitation des aides à domicile bénévoles. "Nous exigeons de nos ONG qu’elles rétribuent toutes les bénévoles qu’elles emploient."

Bien que le ministère de la Santé offre une formation gratuite aux aides à domicile, une formation qu’Akintola juge du reste très intéressante, son contenu devra être renforcé. Certains experts pensent qu’une connaissance médicale plus poussée est indispensable pour offrir des soins à domicile aux personnes qui vivent avec le VIH/SIDA.

"Pour pouvoir administrer des médicaments de base, les aides à domicile doivent recevoir une meilleure formation, semblable à celle des infirmières. Sinon, les soins qu’elles dispenseront aux patients atteints du sida seront très limités", a indiqué Patience Mavata, la responsable des aides à domicile de Valley of Thousands Hills dans la province du KwaZulu-Natal.

Actuellement, ces aides ne sont pas autorisées à administrer des calmants aux patients.

"Nous avons besoin d’une meilleure coopération entre les hôpitaux publics et les ONG pour résoudre ce problème", a confié Akintola. "Les aides à domicile devraient avoir un accès direct aux hôpitaux et coopérer pleinement avec eux."

Akintola suggère que le modèle sud-africain des soins à domicile s’inspire du système ougandais où le travail des bénévoles est appuyé par une équipe de professionnels de la santé, notamment des médecins, des infirmières et des auxiliaires médicaux, mais aussi par des prêtres.

L’Afrique du sud doit changer sa stratégie "fondée sur la communauté" au profit d’une stratégie "orientée vers la communauté", comme celle appliquée en Ouganda, a t-il indiqué, où «l’étroite coopération entre les hôpitaux et les ONG a permis de réduire le poids qui pèse sur les aides à domicile bénévoles."

Selon Akintola, les programmes d’aide à domicile appliqués en Afrique du sud accentuent les inégalités entre les sexes puisque les aides sont généralement recrutées parmi les femmes et les jeunes filles, un rôle qui leur est traditionnellement dévolu. Quant aux jeunes filles employées comme aides à domicile, elles sont souvent privées d’éducation ce qui nuie à long terme à leur indépendance économique.

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