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CAMEROUN: La bataille d’une étudiante contre la stigmatisation et l’oubli


[Cet article ne représente pas le point de vue des Nations Unies]



©  Pierre Holtz/IRIN

Les étudiants sont plus en danger que les autres: ils sont loin de leurs familles et doivent travailler pour payer leurs études

YAOUNDE, 2 mars (PLUSNEWS) - Gisèle T. a une santé fragile mais un moral de fer qui, depuis six ans, l’autorise à mener bataille contre l’intrusion du VIH sur le campus en faveur des étudiants infectés, des camarades qui n’ont souvent ni son courage ni sa force.

“Il n’y a aucun parent qui contribue à la scolarité d’un enfant VIH”, affirme Gisèle, péremptoire. “Nous sommes des élèves: si l’un de nous est infecté, il est mort, comme ma mère m’a vue morte à l’annonce de mon résultat. Mais j’avais un amour fou pour l’école, je ne me suis pas découragée.”

Gisèle, une ravissante jeune femme de 29 ans, a fondé en 2002 le Cercle des jeunes engagés contre le sida, Cejes, une association d’une centaine de membres, censée défendre, à mains nues, leurs droits et leur avenir.

“J’ai crée l’association pour dire que le virus n’a pas brisé le plat, qu’on peut continuer nos études… même si c’est difficile de joindre les deux bouts, parce que nous, jeunes séropositifs, nous ne sommes pas aidés par nos familles, nous ne sommes pas des enfants sur lesquels nos parents peuvent compter”, explique l’étudiante en philosophie.

Selon la troisième Etude démographique et de santé (EDS), réalisée en 2004, ce sont les populations jeunes qui sont les plus touchées par l’épidémie de VIH au Cameroun, notamment les femmes : le taux de séroprévalence atteint 9,1 pour cent chez les filles âgées de 20 à 29 ans, contre 3,8 pour les garçons.

Les hommes sont infectés plus tard, puisque 8,4 pour cent de ceux de la classe d’âge 30-39 ans sont séropositifs, des taux bien supérieurs à la moyenne nationale, estimée à 5,5 pour cent de la population.

Celui qui a infecté Gisèle, il y a six ans, avait 28 ans – elle, 23. C’était un garçon de son village, son premier petit ami, “on parlait le même dialecte, on s’aimait follement”, raconte Gisèle. Mais puisqu’il avait refusé d’utiliser des préservatifs, ils avaient, d’un commun accord, renoncé à avoir des rapports sexuels.

“J’avais fait un test VIH quand j’étais en classe de première… il était négatif et j’étais du coup très prudente : toujours avec préservatif, c’était un principe”, se souvient-elle.

Mais les bonnes résolutions ne tiennent pas et Gisèle cède aux avances de son fiancé – qui, elle l’apprendra plus tard, a six autres petites amies. Leur relation se poursuit sans aucune protection et le mariage est programmé.

“Trois mois après avoir vu des boutons sur son sexe, j’ai eu mal à la gorge. C’était un zona, j’étais séropositive et déjà malade”, commente Gisèle. “On pense avoir l’information… et on ne sait rien”, souffle-t-elle.

Une vie avec le VIH

Puis, rapidement, les problèmes médicaux s’accumulent: typhoïde, tuberculose, problèmes hépatiques, paludisme et diarrhée persistante, des infections opportunistes qui la clouent 20 mois à un lit du Centre hospitalier universitaire de Yaoundé, la capitale.

Là, le célèbre professeur Anomah Ngu, ancien ministre camerounais de la Santé, et son équipe lui injecte du Vanhivax, un «auto-vaccin contre le sida» comme l’a maintes fois expliqué à la presse ce médecin de 79 ans, dont les travaux, controversés dans son propre pays bien qu’appuyés par le gouvernement, se poursuivent toujours.

Selon Gisèle, le professeur lui prélevait du sang qui, une fois mélangé avec un produit, lui était ré-injecté et cela, une fois par mois. Mais ses problèmes de santé deviennent critiques, elle souffre de violents maux de tête, ses pieds et ses chevilles sont extrêmement douloureux et ses mains répondent de moins en moins bien.

Elle tombe dans un coma qui durera 14 mois, et dont elle ne sortira qu’à l’hôpital militaire. L’unité de prise en charge est soutenue par l’organisation internationale Médecins sans frontières, qui lui prescrit des antirétroviraux – elle est actuellement sous traitement de seconde ligne, pour lutter contre les virus résistants.

Pour autant, la jeune étudiante n’a jamais cessé de se battre, contre le virus mais aussi contre l’ignorance et la mauvaise information de ses camarades de l’université.

Quand Jacentha, une de ses amies et membre du Cejes, rencontre Gisèle pour la première fois, c’était lors de la journée mondiale du sida le 1er décembre 2000, alors qu’elle racontait son histoire, pour la première fois en public. “Elle avait une tuberculose et elle toussait, elle était faible et semblait si vieille”, se souvient-elle.

Alors que Gisèle est encore à l’hôpital, sa colocataire de la cité universitaire jette toutes ses affaires dehors, ses livres et ses habits, qui resteront au soleil et sous la pluie le temps qu’elle retrouve le chemin des amphithéâtres. Les gargotiers refusent de lui servir à manger, craignant qu’elle “souille les clients”.

“Plus ils me rejetaient et plus je m’imposais. Je disais : ceux qui veulent être avec moi doivent m’accepter telle que je suis parce que le virus est mon compagnon”, explique cette petite femme vive.

Elle multiplie les témoignages sur le campus et à la télévision, chante à la radio, écrit des sketches, une démarche qui gêne sa famille qui lui demande de se taire. En attendant de reprendre sa licence, interrompue par les infections, elle fonde le Cejes: “Il fallait informer et aider les jeunes, avec une association adaptée à nos besoins.”

Le Cejes se propose d’accompagner les étudiants et les élèves dans leur apprentissage de la séropositivité, en leur offrant des activités communes, en venant leur rendre visite. “Il fallait leur faire comprendre qu’il faut partager le fardeau”, explique Gisèle.

Des jeunes laissés à eux-mêmes

Le problème, estime-t-elle, est crucial pour ces jeunes. “Ils ont tellement besoin d’être aidés et soutenus. Quand on dit à l’un d’eux qu’il est séropositif, il part au quartier, il s’asseoit et il ne sait plus quoi faire”, dit Gisèle.

“Lors des campagnes de dépistage à l’université, il n’y a pas de councelling, pas d’accompagnement, alors que les étudiants sont plus en danger que les autres: ils sont loin de leurs familles, de leurs parents, ils doivent travailler pour payer leurs études et sont plus vulnérables aux relations faciles, surtout les filles”, commente la jeune femme.

Aujourd’hui, son principal combat est d’obtenir que l’inscription à l’université soit gratuite pour les étudiants séropositifs indigents. Elle bataille aussi pour que la direction du campus leur offre enfin un local, où les étudiants et les élèves pourraient se réunir, pour parler, s’informer ou tout simplement, se réconforter.

Certaines des activités du Cejes ont été financièrement appuyées par l’agence de coopération allemande GTZ et l’organisation américaine Catholic Relief Service, mais les fonds se sont taris en 2004 et depuis, les caisses sont vides, malgré les multiples initiatives de mobilisation de Gisèle: concert, spectacles, pièces de théâtre, disque de chansons contre le sida… Rien n’y fait.

“Il n’y a pas de fonds disponibles pour les associations au Cameroun”, explique-t-elle, ajoutant que les autorités locales de la lutte contre le sida n’ont jamais pris les activités du Cejes, et du milieu associatif en général, au sérieux.

Pourtant, le Cejes a quelques réussites à son actif, notamment auprès des étudiants qui ont bénéficié d’une aide lors de l’inscription à l’université – certains jeunes, qui étaient sur le point d’arrêter leurs études, ont ainsi pu se soigner, se loger et continuer leur formation, préparer les concours et devenir professeurs, infirmiers ou informaticiens.

“Notre devise c’est ‘Solidarité, engagement, travail’. Il y a tellement peu entre nos mains qu’on ne peut pas se permettre de gaspiller : si on te donne, tu ramènes un résultat. Et ça marche !”, commente Gisèle.

Mais s’il doit y avoir un avenir pour eux, il n’y en a plus pour Gisèle, une des figures de l’activisme au Cameroun. “Tout le monde me dit : pourquoi tu viens chercher un travail, tu n’as pas gagné assez avec le sida ?”, raconte-t-elle. “La stigmatisation est toujours là, les gens ne comprennent pas qu’un jeune étudiant peut être infecté et malade.”

“Moi-même… la première personne séropositive que j’ai rencontré… c’était moi. Et à chaque fois que ma mère me voit, elle demande : ‘Mais tu es encore là ma fille ?’ et elle se met à danser. Et à chaque fois, je lui réponds que moi, Gisèle, je serais toujours là.”

[FIN]




 
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